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Interview avec Tom Dixon

Le designer britannique Tom Dixon a notamment travaillé pour Cappellini et Habitat, avant de fonder son propre studio de design en 2002. Il est célébré à l'international pour ses luminaires et meubles originaux, parfois radicaux, et toujours pleins de style. Ses créations sont exposées dans les plus grands musées du monde. À 65 ans, il revient sur son travail, son amour du chaos et le bureau de son arrière-grand-mère :

Félicitations, vous venez d'être nommé Commander of the Order of the British Empire. Une distinction aussi vénérable convient-elle vraiment à un designer comme vous, qui voulait autrefois devenir rock star et dont les créations sont largement considérées comme visionnaires ?

C'est en effet un honneur très traditionnel – mais peu importe, car plus on devient établi, plus il est facile de se rebeller ! Un peu de rébellion ne fait jamais de mal.

Vous créez surtout des meubles et des luminaires depuis les années 80. Comment reste-t-on pertinent dans le monde du design pendant quatre décennies – à la fois intemporel et moderne ?

Heureusement, les innovations en décoration intérieure prennent plus de temps que dans d'autres secteurs créatifs, seule l'architecture est encore plus lente. J'aime ça, car je ne veux pas courir après chaque tendance. J'essaie aussi d'élargir mon regard.

Je m'intéresse aux matériaux, à la technologie, à la fabrication, au comportement humain, à l'art et aux espaces – mais pas au design en tant que tel. Les designers doivent observer le monde, pas vivre dans une bulle. Et quand vient le moment de créer, je mise sur la théorie du chaos : je commence par créer un grand désordre, je soulève beaucoup de poussière, puis je regarde si des motifs se dégagent et se cristallisent. C'est ça, l'art. Le plaisir. Ma passion.

Cela demande visiblement de la patience ! Vous venez de lancer la chaise d'extérieur en métal « Groove », dont le développement vous a pris dix ans. Que s'est-il passé ?

Oui, ce fut une véritable odyssée, riche en expériences et en apprentissages. J'ai toujours voulu créer une chaise en métal pour l'extérieur, et je pensais au départ pouvoir la faire fabriquer à la demande avec des machines high-tech. Nous en avons produit 300 exemplaires, mais la chaise était trop anguleuse et inconfortable. Quand on ne fait pas mouche du premier coup, comme dans ce cas, on continue simplement d'essayer, en apprenant beaucoup sur les capacités et la résistance du métal. Et au bout du chemin, on obtient une chaise confortable. Reste à voir si tous ces efforts en valaient la peine.

Le monde a-t-il seulement encore besoin de nouveaux objets à l'ère de la surproduction ?

Bien sûr, il est aujourd'hui difficile de justifier la fabrication ou la consommation de nouveaux objets – la durabilité et l'économie circulaire sont des sujets bien plus urgents qu'avant. Mais on peut tout à fait veiller à ce que l'impact d'un produit sur l'environnement soit le plus faible possible, à ce qu'il soit fabriqué avec soin et durable dans son style comme dans sa finition. Il trouve alors sa légitimité. Je crois en une durabilité par la qualité. Quand je vois, dans une boutique d'antiquités, un objet que j'ai conçu il y a 15 ans, cela prouve aussi sa pertinence.

Vous avez dit un jour que le design sert à simplifier la vie et à faire preuve de bienveillance : envers les personnes avec qui l'on travaille, envers les clients et envers la planète. Mais le monde devient de plus en plus complexe, et avec lui les défis pour vous en tant que designer. Vous arrive-t-il parfois de vous lasser de votre métier ?

Non, il est impossible de s'ennuyer en tant que designer. C'est pour ça que ce métier me plaît tant. Ce qui est beau dans le design, c'est qu'on se retrouve sans cesse face à de nouveaux défis, parce que le monde ne s'arrête jamais. Le design est un moyen d'améliorer la vie. Un bon éclairage peut sublimer n'importe quelle pièce, de nouvelles technologies comme les LED simplifient la vie, sont plus abordables et plus durables. Et puis il y a encore tant de choses que j'aimerais concevoir : de l'électronique, des jouets, des maisons, des villes entières.

Du sextoy à la voiture, vous avez déjà conçu toutes sortes de choses. Mais parmi vos produits emblématiques figurent surtout des luminaires. L'un d'eux, le modèle « Beat », a été souvent copié. Ces versions bon marché sont-elles aussi une preuve de la pertinence de votre création ?

Dans ce cas, c'est justement à nos imitateurs que nous devons cette pertinence. Nous nous sommes laissé inspirer par eux en fabriquant une version plus abordable de notre propre produit, une copie de meilleure qualité que la copie. C'est ainsi que la lampe « Beat », martelée à la main en laiton, a donné naissance au modèle « Unbeaten » en aluminium brut, un hommage à nos copieurs, avec une nouvelle esthétique et une nouvelle fonctionnalité. Cet original est imbattable.

Et comment avez-vous vous-même aménagé votre intérieur ?

Un peu banal, éclectique – avec le moins possible de mes propres pièces. Je n'ai pas besoin de grand-chose, j'ai même vécu huit ans dans mon atelier, cela me suffisait. Mon meuble préféré est le bureau de mon arrière-grand-mère, parce qu'il a la taille parfaite pour un ordinateur portable et qu'il comporte de nombreux tiroirs cachés. Elle l'avait elle-même acheté dans une boutique d'antiquités. Il vient du Paris des années 1780, il a donc bien huit générations d'âge.

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